Le tabac n’est pas tabou !

Voici une photo avant-après, non pas pour montrer les bienfaits d’un quelconque régime mais pour introduire un sujet santé : l’arrêt du tabac.

avant après de Aza de Bien vivre et vivre bien article cigarette arrêt tabac
Sur la droite, on voit bien que je suis ravie de ne plus puer de la gueule.

J’ai fumé pendant des années. Il a fallu que je voie mon père mourir, un trou dans la gorge plein de sang et de pus, pour que je comprenne enfin ce que « dangereux pour la santé » veut vraiment dire.

C’est pas un truc en l’air : le tabac tue, et le tabac tue sale. Tu meurs pas du jour au lendemain non ; tu souffres et tu te désagrèges peu à peu, et c’est moche.

Ayant été moi-même dans une posture je m’en foutiste vis à vis de la clope, je sais bien que faire peur ou culpabiliser est inutile. Du coup, j’ai juste écrit un article factuel en essayant de donner un peu de motivation à ceux qui pensent souvent à arrêter mais qui n’ont pas le déclic.

Je vous souhaite une bonne lecture et suis bien évidemment à votre dispo si vous avez des questions ou besoin de soutien dans votre démarche !

Une de plus ou de moins…

Le problème du tabac c’est que la plupart des effets négatifs ne sont pas observables à la consommation. Sur le coup on ne ressent que le positif (détente, excitation, moins de stress, sentiment d’appartenance au groupe etc…). Face à une tentation on se dit souvent « une clope de temps en temps ne va pas me tuer », « une de plus ou de moins » etc… Résultat, un tiers des français fume au moins une cigarette par jour. Pourtant, lorsque l’on se penche sur les risques réels liés à la consommation de tabac on se dit que personne ne serait assez bête pour fumer.

Quelques chiffres en guise d’illustration : le tabac est la première cause de mortalité évitable dans les pays industrialisés et notamment en France. 73 000 français et françaises décèdent chaque année des suites de leur consommation de tabac et l’espérance de vie des fumeurs est réduite en moyenne de 16 ans (1).

La cigarette modifie durablement les flores microbiennes cutanée, respiratoire et digestive, rendant l’organisme plus sensible aux infections et moins résistant. Il faut savoir qu’en plus du bien connu et redouté cancer du poumon, la consommation de tabac entraîne bien d’autres pathologies telles que : des cancers ORL, de l’œsophage, du pancréas, des reins et de la vessie ; des troubles cardio-vasculaires ; des maladies pulmonaires chroniques et des complications respiratoires ; des problèmes de cicatrisation (notamment post-opératoire) ; la cataracte ; l’ostéoporose et les fractures de hanches associées (particulièrement chez les femmes)… ceci sans parler des complications de grossesses durant lesquelles la mère n’arrête pas de fumer, des problèmes de fertilité chez l’homme et la femme, des ulcères…

Les « petits fumeurs » (moins de 5 cigarettes par jour) ont aussi des risques accrus de maladie et leur faible consommation ne limite en aucun cas les dommages liés

au tabac. Une étude datant de 2005 (2) montre que le risque d’infarctus du myocarde est quasiment 3 fois plus élevé pour ces fumeurs, et le risque de cancer du poumon est multiplié par 3 chezles femmes « petites fumeuses ».

En parlant des femmes, je vous met ici le lien vers un très court article percutant qui explique que le lobby du tabac a réussi à associer la cigarette avec les concepts de liberté, d’autono

mie et de séduction pour attirer les femmes. Bingo, la consommation de tabac recule maintenant de façon globale mais pas chez les femmes. Chez les adolescents, il y a dorénavant autant voir plus de fumeuses que de fumeurs (cf graphique à droite). Pour noircir un peu plus le tableau, il s’avère que les femmes sont plus vulnérables que les hommes en particulier au niveau du cancer des poumons.

Donc, bien qu’on ne s’en aperçoive absolument pas à la consommation, une clope n’est pas une quantité négligeable. 

Je ne me sens pas la force de m’en passer donc je ne veux pas arrêter…

Le tabac est extrêmement addictif et la nicotine qu’il contient a une action sur le système dopaminergique cérébral (qui fait partie du « système de récompense ») comme d’autres substances psycho-actives telles que la cocaïne ou l’alcool. La dépendance résultant de cette action psycho-active est la dépendance physique.
Par ailleurs, le tabac stimule l’esprit, calme le stress, détend… son action peut varier selon les personnes mais la résultante sera une
dépendance psychologique à l’effet produit.
Enfin, le tabac est socialement banalisé et profondément ancré dans les usages de beaucoup de milieu sociaux voir sociaux-professionnels, jusqu’à même avoir un effet positif (facilité pour établir le contact et s’intégrer dans un groupe, par exemple à la « pause clope »). Une
dépendance environnementale et/ou comportementale peuvent donc également être développées. Tout ceci explique pourquoi nous sommes tant à fumer/avoir fumé sans pouvoir nous en empêcher, et surtout pourquoi il est si dur d’arrêter.

Donc si vous n’arrivez pas à vous en passer et si cette idée vous fait peur, c’est tout à fait normal et vous n’êtes pas seul(e). Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas se lancer !

J’ai arrêté mais au final, ça ne change rien…

La plupart des personnes ayant arrêté de fumer évoquent les bénéfices suivants : meilleure haleine, meilleure odeur, moins d’essoufflement, peau et dentition de meilleures qualité. Mais certaines personnes reprennent face au peu de changement que leur a apporté l’arrêt de la cigarette (comme les effets négatifs, la plupart des effets positifs ne sont pas observables à l’arrêt). Ci-après, quelques chiffres pour montrer que l’arrêt du tabac est salutaire même si l’on fume beaucoup et depuis longtemps :

    • après un an d’arrêt, le risque d’infarctus du myocarde est réduit de 50%
    • après 5 ans d’arrêt, le risque d’atteinte cérébro-vasculaire est ramené à celui d’un non fumeur, celui du cancer du poumon est réduit
  • après 10 ans d’arrêt, le risque de cancer des lèvres, de la bouche et du pharynx est ramené à celui d’un non fumeur

Donc ne perdez pas espoir, ne pensez pas que c’est inutile. On dit qu’à chaque rire on gagne de l’espérance de vie, et bien à chaque cigarette non fumée aussi.

J’aimerais bien arrêter mais c’est vraiment trop dur…

Les éléments cités en première partie justifient bien le fait que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’arrêt total de la consommation du tabac est 100% indispensable d’un point de vue médical. Une réduction de la consommation peut être un début pour des personnes très dépendantes ou craignant l’arrêt complet, mais cet arrêt est nécessaire et doit être l’objectif final de toute bonne prise en charge d’un patient consommateur de tabac.

La deuxième partie, elle, justifie la prise en charge médicale des personnes souhaitant arrêter de fumer. Non, arrêter de fumer ce n’est pas juste « de la volonté ». L’addiction et la dépendance sont des situations pathologiques qui nécessitent souvent une aide médicale. Les chiffres de l’ INPES (ancien nom de Santé publique France) montrent que 59% des fumeurs disent avoir envie d’arrêter, soit plus de la moitié ! Il faut donner à ces personnes tous les outils nécessaires pour mener leur envie jusqu’au bout, car arrêter de fumer seul est extrêmement difficile.

Donc vous avez le droit de demander de l’aide.

A qui demander de l’aide ?

Vous pouvez cliquer sur chaque nom pour être redirigé vers le site 🙂

Tabac info service
C’est une ressource très riche qui propose un suivi téléphonique personnalisé et gratuit pour arrêter la cigarette. On y trouve par ailleurs de l’information sur les dangers du tabac et de nombreux outils : méthodes pour arrêter de fumer, annuaire des consultations en tabacologie, témoignages d’anciens fumeurs, calculette pour savoir à combien d’euros revient notre consommation de tabac… (Saviez-vous qu’en ne fumant PAS 2 cigarettes par jour on économise 270 euros soit le prix d’un portable Xiaomi Mi A2 avec un super appareil photo !). On a également accès au « test de Fagerström » qui permet d’évaluer en quelques questions le niveau d’addiction au tabac auquel on est rendu (ça ne prend littéralement que quelques secondes).

Groupe facebook « Je ne fume plus »
Le mantra du groupe est « arrêter de fumer dans la joie et la bonne humeur » ! Rien de tel que le soutien mutuel lorsque l’on est face à des problèmes d’addiction.

Addict aide
C’est un site spécialisé en addiction. Il contient des informations sur les addictions et les dommages associés, un test d’évaluation du niveau d’addiction, de l’aide pour trouver un professionnel de santé.

Fil santé jeunes (pour les 12-25)
Il s’agit d’un groupe d’experts multidisciplinaire financé par l’état, à l’écoute des jeunes sur les questions de santé.

Différentes thérapies de soutien existent : soutien psychologique ou psychothérapeutique, thérapies-cognitivo-comportementales (TCC), traitements nicotiniques de substitution (TNS), parfois même hypnose ou acunpuncture.

Donc il existe des interlocuteurs ainsi que des techniques variées. Vous avez réellement la possibilité d’être aidé de façon optimale et adaptée à votre fonctionnement.

Mes conseils

Posez-vous et faites le point sur votre consommation. Combien, depuis combien de temps, dans quelles circonstances (fréquence, contexte). Faites le point sur votre envie d’arrêter de fumer, et sur la façon dont vous souhaiteriez arrêter (brutalement, progressivement, avec ou sans substitut). Si envie d’arrêter il y a, même toute petite, parlez-en avec un médecin ou un soignant (médecin traitant, tabacologue, addictologue, psychologue, diététicien…). Dites comment vous envisagez les choses, de quoi vous pensez avoir besoin. C’est à vous de choisir les modalités d’arrêt, mais les soignants peuvent être forces de proposition.

Enfin, lancez-vous. Si vous avez ne serait-ce qu’une once d’envie, une mini pensée de temps en temps, un « il faudrait que j’arrête » qui se balade dans votre tête une fois tous les quelques jours… lancez-vous ! Ça peut prendre du temps et ce n’est pas grave, vous pourrez arrêter puis reprendre puis re-arrêter mais ce n’est pas grave, le plus dur étant de prendre la décision et de rester motivé. Le reste c’est du gagnant-gagnant-gagnant : vous serez en meilleure santé, vous aurez surmonté un défi, et vous aurez économisé énormément d’argent ! Bref, que du positif et de quoi être fier de vous.

N’oubliez pas, chaque cigarette non fumée est une victoire en soi et un cadeau que vous faites à votre corps 😉

 

Sources

(1) C.Hill. Revue du Praticien, 2012;62:325-329 ; Peto R, Lopez A, Boreham J, et al. Mortality from smoking in developed country 1950—2005 (or later). University Press of Oxford, 2012

(2) Bjartveit K. Tobacco control 2005; 14: 315-320